08 septembre 2008

La perfection

On a pu lire, dans les journaux récents, une série de reportages sur la violence et l'utilisation de la force physique... Prof Masqué, entre autres, en a traité ici et ici. La loi dirait encore que tout intervenant peut utiliser la force nécessaire (notion élastique s'il en est une, mais tout de même...).

Dans mon coin de pays, 3 dossiers sont en marche à mon syndicat local concernant la judiciarisation ultra-rapide dont on fait objet pour les profs pris dans ce genre d'incidents. La présidente a été interrogée récemment à ce sujet. La vidéo a été placée ici :



Dans ces dossiers, il a fallu d'abord convaincre la présidence de la CSQ (Réjean Parent) d'aider le syndicat local qui est, comme on le sait peut-être, composé d'enseignants qui ont été "libérés" de leur tâche d'enseignant pour s'occuper du syndicat. Seuls un ou deux employés du domaine juridique sont engagés en permanence pour le côté plus technique... Le syndicat local dispose donc de moyens, mais ceux-ci ont des limites quand le cas devient trop lourd....

Ce qu'on constate, donc, dans ce genre d'incident, outre les carrières complètement détruites pour les enseignants concernés, c'est l'intolérance profonde de la société en général face à des gestes auxquels on finit par appliquer une sorte de sentence disproportionnée. Qui a dit que l'époque de l'Enfant-Roi était révolue ?

On exige de la part des profs rien de moins que la perfection absolue ! Je comprends que l'on puisse exiger beaucoup des profs. Chacun de nous ne placerait pas ses enfants dans les mains de n'importe qui, cela va de soi. Mais de là à condamner automatiquement tout comportement dit «humain» (toucher un peu quelqu'un pour faire un arrêt d'agir est un comportement humain nécessaire dans une circonstance précise - "varger" dessus jusqu'au sang ne l'est pas, on se comprend !), il y a une marge énorme !

Dans notre société où la rectitude est reine, l'incohérence s'est installée. On exige plus des profs que de quiconque d'autre dans la société... et pourtant, les profs ne sont pas les plus payés, loin s'en faut !... Dans notre société où on se déresponsabilise toujours un peu plus chaque jour, pelletant la responsabilité dans les mains du "bon gouvernement" ou d'une autre instance quelconque, dans cette société on exige paradoxalement toujours plus des autres qui sont, pour ainsi dire, à "notre service" ! L'élève-client est une notion qui s'inscrit dans ce schème de pensée. Le client a toujours raison : le "serveur" ou "servant" est alors un joujou dans les mains du client... Le parent a parfois l'impression de payer le prof pour que celui-ci pallie tous les manques du roi-client. Non-sens.

Tous les élèves et tous les parents sont loin d'être comme ça, heureusement ! Mais il suffit que quelques-uns le soient pour que les choses dégénèrent si un événement malheureux survient. On assiste alors au contraire de la base de notre système juridique qui dit que l'on doit demeurer innocent jusqu'à preuve du contraire. Ici, le prof est condamné automatiquement et les faiseux d'opinion (à la télé et ailleurs) enflamment cette bombe, l'aident à exploser... Au nom du spectacle, on écorche au passage des personnes (qui ne sont pas parfaites, mais qui ne sont pas nécessairement ou automatiquement des criminels non plus !).

J'écrivais chez Prof Masqué ceci : on peut-tu juste être humain ? Sans faire exprès pour faire des erreurs, peut-on au moins, dans notre société, faire la part des choses et partager les responsabilités ? Les parents ont des responsabilités, les profs aussi. Les élèves ?, tout autant ! Personne n'est parfait, mais personne ne devrait se laisser à la stupidité de l'irresponsabilité et de la critique imbécile, celle qui ne s'informe pas et qui dit n'importe quoi... juste pour le show.

C'est ce genre d'attitude qui est fortement condamnable, pour garder un langage judiciaire !

Mais que celui qui n'a jamais pris de raccourci lance la première pierre...

Et que celui qui est patron aide son employé pour sauver son entreprise, car c'est, au final, tout le système d'éducation qui écope...

4 commentaires:

Safwan a dit...

J'ai essayé d'endurer la vidéo mais, vraiment, François Paradis, c'est au-dessus des mes forces, et je ne fais même pas une blague. Je suis incapable de le souffrir!
Tu effleures l'aspect salarial dans ton billet et je me permets d'ajouter ceci: avec les responsabilités que l'on nom demande d'assumer et la perfection que l'on nous demande d'incarner, ne devrions-nous donc pas avoir un salaire en conséquence? Les anesthésistes, par exemple, qui tiennent notre vie au bout d'une aiguille, et qui ont donc d'immenses responsabilités, sont parmi les médecins spécialistes les mieux payés. Et pas besoin d'écrire qu'un médecin spécialiste gagne d'avantage qu'un enseignant. Non seulement nous faisons du bénévolat en travaillant plus que ce pourquoi on est payé mais, en plus, on gagne un salaire qui ne rejoint même pas les grandes responsabilités que l'on assume. Misère!

Sylvain a dit...

Merci Safwan, de me prouver que je ne suis pas un extraterrestre en n'écoutant jamais F. Paradis (même pas dans l'extrait ci-joint... J'ai écouté Andrée seulement ;-))

En ce qui concerne le salaire, PM l'avait effleuré en commentaires à la suite de ma remarque et j'ai pouruivi ici. Je ne peux qu'être en accord avec ce que tu dis, mais malheureusement, on ne paye pas les profs en fonction de la responsabilité dans notre société :-(
Qu'est-ce que tu veux, ils sont pleins... pleins de vacances (ironie) (à leurs frais ces vacances, puisqu'ils sont payés seulement 200 jours dans l'année, mais depuis que le salaire des permanents a été réparti sur 12 mois, on a perdu cette notion de vue.

Safwan a dit...

En effet, bien peu de personnes savent que nous ne sommes payés que 10 mois, mais ce sur 12. Même nous, parfois, l'oublions...

PatriceLetourneau a dit...

Bonjour,

Concernant l’aspect salarial qui est effleuré, on pourrait dire en plaisantant (ou peut-être pas tant que ça) que c’est à la mesure de ce qu’ont reçu d’autres dignes dépositaires de cette *vocation* d’éducation : les communautés religieuses (membres logés, nourris… et bien sûr toujours sur place…). ;-)

Oui, bon, je sais, il faut garder à l’esprit que «l’essentiel est invisible pour les yeux». ;-)