21 février 2009

Madame la Girouette

Je sais pertinemment que ce terme est interdit en Chambre, mais comme je ne suis pas au Parle+ment, je me le permettrai allègrement, car il réflète une toute petite partie du ressentiment que j'ai envers ce qui s'avère être notre grand patron à tous, les éducateurs...

Hier matin, quelle n'est pas ma surprise de recevoir par courriel une copie pdf (un "scan" dont on retrouve copie jpg ci-dessous) d'une lettre de la Ministre de l'Éducation, des Loisirs, Sports, Chasse, Pêche, etc, etc, etc. (On aurait donc dû garder juste l'Éducation dans ce foutu ministère... mais pour ce que ça aurait changé...)

Il y a deux problèmes reliés à cette foutue lettre.

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Le premier est qu'on a décidé de reporter un changement important de la Réforme, devenue depuis Renouveau pédagogique car les euphémismes se digèrent peut-être mieux (?), soit le "cours-qui-n'en-est-pas-tout-à-fait-un-mais-qu'on-a-décidé-d'entrer-dans-des-cases-horaires", et j'ai nommé le Projet intégrateur. Ce qui m'enrage le plus, c'est surtout la raison invoquée par Madame : permettre aux profs un temps d'appropriation, et blablabla et blablabla. QUOI ? PARDON ? La VRAIE raison est que bien des choses ne doivent pas être prêtes : on ne sait à peu près rien dans les écoles de ce "cours" (à part les écoles ciblées qui testent le tout en réajustant, etc.). Bref, il y a assurément, comme pour à peu près TOUS les cours réformés, une raison qu'on ne peut pas dire parce que ça paraît mal dans un discours de politicien, et cette raison est qu'on n'est pas prêt. Combien de "nouveaux cours" ont été lancés à la sauvette, avec de grands pans manquants qui ont fini par être prêts en cours d'année d'implantation ? Réponse : TROP. Combien d'enseignants se sont retrouvés en cours d'année sans savoir complètement ce qui s'en venait ? Réponse : TROP.

Combien d'enseignants comptaient sur des manuels qui prémâchent (c'est donc plus facile de manger du Pablum !) tout le contenu à enseigner, mais qui ne sont arrivés qu'en parties publiées tout au long d'une année d'implantation ? Réponse : TOUS. Enfin, tous ceux qui s'appuient délibérément sur des manuels pour enseigner, c'est-à-dire une majorité, malgré que le manuel est, par définition, périmé dès sa sortie ou presque en ce monde où beaucoup de choses évoluent rapidement. Mais ça, c'est un autre débat...

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Le deuxième touche le fonctionnement des écoles... Chaque année de l'implantation du nouveau programme (la Réforme), tous les profs ont été réunis par les directions d'écoles qui tentaient (avec un comité composé de profs et d'autres intervenants, dans mon école) d'entrer ces nouveaux cours dans une grille-matière. S'ensuit une consultation de l'ensemble des profs, qui débouche parfois sur de nouvelles propositions sur lesquelles la direction se penche et qu'elle accepte parfois, selon ce qu'elle entrevoit comme faisable ou pas, etc. Par la suite, le tout est adopté au CÉ de l'école (Conseil d'établissement) et envoyé à la CS (Commission scolaire).

À notre école, nous en étions rendus à l'étape d'aller au CÉ avec une proposition de grille-matières, après moult réunions du Comité avec la direction, des profs en assemblée générale, etc., quand, BANG !, la Ministre décide de surseoir à l'implantation du nouveau "cours" Projet intégrateur !!!

Réaction immédiate de quelques profs avec qui j'ai eu le temps d'en parler hier : une vraie GRRRRRogne face à la Sinistre, oups, Ministre. Désolé, Madame Courchesne, mais la grogne, ça sort parfois par les tripes... et les sentiments !

Encore une fois, pour paraphraser un cadre scolaire qui a déjà dit cela, Madame se lève un bon matin et décide de quelque chose selon la couleur de ses urines ! (Pas moi qui l'ai dit, j'vous jure !)

Alors, nous simples profs, devrons prévoir une ou des réunions la semaine prochaine, pour se pencher très très (trop?) vite sur ce nouveau problème engendré par Madame.

Tout ça me rappelle la décision trop hâtive concernant un bulletin chiffré, véritable balloune politique envoyée dans les airs pour se faire du capital, alors que tous devraient savoir que ce bulletin chiffré n'en est pas un vraiment, puisqu'il doit quantifier du qualitatif, ce qui est un non-sens en soi. (J'en ai déjà parlé l'an dernier ! 1, 2, 3, et même 4... J'avais du temps, dans ç'temps-là ;-))

On a donc une politicienne qui, comme tous les politiciens, se préoccupe de son image avant tout, qui tente de louvoyer selon la direction du vent, changeant de cap continuellement SANS même se donner la peine de prévoir toutes les implications qu'engendrent ses "sautes d'humeur"... DÉSOLANT, profondément navrant !

Le jour où on saura mettre l'énergie de façon positive pour susciter les changements, au lieu de constamment tourner en rond (avance-recule...), ce jour-là, on pourra PROGRESSER vers l'avant pour vrai ! JFK disait (merci Zecool pour la citation !) : «Tout le monde veut le progrès. - Mais le progrès requiert le changement… - et le changement reste impopulaire.»

Ci-dessous, les 2 pages du communiqué ministériel : cliquez pour agrandir.

4 commentaires:

Zed Blog a dit...

Bordel...

Bordel, bordel, bordel.

De la folie furieuse, du surréalisme sans finesse, de l'improvisation sans interaction...

C,est complètement malade. La lettre est absolument incroyable.

Un cas de malaria ou de delirium tremens.

Accrochez-vous, les profs, investissez la plus grande partie de votre énergie ailleurs que dans votre profession, ce qui vous permettra de survivre et de continuer à être au minimum de bons profs, performants grâce à vos propres moyens.

Zed ¦X

Mario Asselin a dit...

Salut Sylvain,

J'ai lu ton billet hier et je me suis gardé de répondre trop rapidement pour bien peser les mots que je voulais employer ici... C'est que je suis «fournisseur» de services par l'entremise d'Opossum dans «le dossier» du Projet intégrateur.

Depuis l'an dernier, j'interviens au niveau de la mise en place de plusieurs outils Web qui servent aux professeurs et aux étudiants qui expérimentent le PI. J'ai été étonné de la décision de cette semaine de la ministre et j'ai aussi été étonné par ta réaction. Ce que j'ai compris de ce qui est arrivé récemment est que les écoles qui n'étaient pas prêtes à implanter ce cours ont juste plus de temps pour agir. La décision ne me semble pas toucher les écoles qui étaient «prêtes» pour septembre 2009; elles vont pouvoir implanter ce cours sans problème, tel que prévu.

De mon point de vue de fournisseur, je ne crois pas que la ministre «cacherait» la «VRAIE raison» qui serait, selon ton hypothèse, «que bien des choses ne doivent pas être prêtes».

Comme dans tous les cours où de nombreux profs sont engagés dans l'expérimentation, le temps «joue» en faveur d'une meilleure préparation, car on tient compte de ce que chacun dit dans la foulée de ses expériences. Mais le nécessaire pour les profs et les étudiants existe et pourra servir d'ici à la prochaine rentrée scolaire.

Tu écris «on ne sait à peu près rien dans les écoles de ce "cours"»; c'est bien possible, je ne sais pas qui sait quoi. Je sais par contre que beaucoup de gens s'activent au MELS pour que les gens sachent. Il y a encore beaucoup à faire de mon point de vue, mais le travail avance bien. Je suis sensible au fait que des gens disent manquer d'info, on se dit tous qu'il faut travailler plus fort pour que les informations disponibles se rendent jusqu'à bon port sans trop exposer ceux qui expérimentent et qui ont aussi droit à un certain cadre de relative intimité.

J'ai entendu parler de résistance dans «certains milieux» face à ce cours, mais j'ai été très heureux de lire la lettre que tu reproduis sur ton blogue qui me paraît plutôt positive quant aux moyens mis en oeuvre pour que chacun se lance dans le projet intégrateur avec le maximum d'assurance. Est-ce que les résistances dont je parle sont liées aux manques d'information, au type d'approche préconisé dans ce cours, aux modalités organisationnelles à devoir mettre en oeuvre, au fait que les TIC sont au coeur des outils proposés dans ce cours ou en lien avec le caractère «hors champ » qui fait que n'importe quel prof peut se voir confier ce cours? Peut-être. Mais le programme est approuvé et l'expérimentation va bon train... toujours de mon point de vue!

Je ne juge pas la grogne qui peut exister dans ton école ou dans les autres. On s'est tous fait annoncer ça et il faut faire avec. Je n'aurais pas parier pour une décision de ce type la semaine dernière... Mais qu'est-ce qui change vraiment avec la communication de cette décision?

Avant le 17 février, on travaillait pour que toutes les écoles vivent en 5e secondaire le Projet Intégrateur. Maintenant, on travaille pour que toutes les écoles QUI LE VEULENT vivent le Projet Intégrateur en septembre 2009. Ça ne change pas beaucoup de chose pour moi en tant que fournisseur, car on doit être prêt, comme avant l'annonce, à livrer ce qu'on nous a demandé. La ministre en parle même vers la fin de sa lettre... j'ai été très surpris de lire ça, aussi clairement exprimé.

Le Projet Intégrateur est un cours particulièrement différent des autres dans son approche et me paraît être une des belles innovations du renouveau pédagogique. Imagine, un cours où l'étudiant démontre ce qu'il a intégré comme apprentissages, non seulement en planifiant un vrai projet, mais en le réalisant. C'est un cours qui ne passe pas inaperçu dans les classes parce qu'il est au coeur de la dynamique de chaque école qui l'expérimente. Il dérange, il mélange, il oblige l'enseignant, parfois, à changer sa posture vis-à-vis de l'enseignement et des apprentissages, il fait vivre des choses extraordinaires aussi, à plusieurs des gens qui «s'y frottent», actuellement!

Bref, je crois beaucoup à ce cours et j'ai senti dans ton billet que tu y croyais beaucoup aussi; je me trompe?

Est-ce que le fait qu'on annonce le report de l'obligation de l'enseigner en 2009-2010 change le fait que ceux qui veulent l'enseigner doivent disposer des meilleurs services possible?

Je ne crois pas.

Parmi les défis à relever dans les prochaines semaines au niveau d'Opossum, il y a l'arrimage avec le Récit de la plate-forme qui soutient les apprentissages et la formation des enseignants; nos collègues de Zoom/animare sont aussi concernés. Sûrement qu'au niveau des C.S. et des écoles, d'autres informations seront disponibles, en priorité pour ceux qui visent à aller de l'avant dès septembre 2009.

Je ne parle au nom de personne d'autre que moi. Dans ce dossier, je ne crois pas que la ministre cache un manque de préparation. C'est seulement mon avis...

Sylvain a dit...

Mario, d'abord je veux te remercier grandement pour ton long commentaire :-)

J'ai volontairement coupé un ou deux coins pour laisser entrevoir la grogne sur le plan de l'organisation scolaire dans mon école qui fera en sorte qu'on doive se réunir à nouveau, car je crois bien que mon école, qui n'était pas une école ciblée, va attendre un an de plus pour "donner" le "cours" du Projet intégrateur, ce que je trouve en soi fort dommage (Tu as donc raison de dire que je suis favorable à un tel genre de cours où l'élève peut démontrer une forme d'intégration... ! Malgré le fait que le tout ne soit pas "obligatoire à la sanction des études")...

Bref, on s'était organisé, non sans heurts, et là, va falloir défaire une partie du chemin parcouru : dommage, oh que oui !

J'ai comme toi été étonné de la réaction ministérielle de cette semaine. Quant à ma réaction, si elle t'étonne, c'est que, dans ce billet, elle essaie de rendre compte de ce qui se passe sur le terrain : elle ne réflète donc pas complètement mes sentiments à ce sujet, quoique je ne comprends pas la Ministre, ni sa volte-face apparente dans ce dossier... Qui a fait pression, qui a tiré sur une couverte, etc. ???

Il est vrai qu'actuellement, les infos ne sont pas "descendues" encore dans les écoles, ce qui inquiète plusieurs collègues, et avec raison je crois. Comme dans bien des trucs concernant la réforme, le gros problème en aura été un de communication. Comment peut-on espérer changer un paradigme si on n'informe pas les enseignants comme il faut? Un tel changement nécessite de convaincre. Et pour ça, faut gagner l'affectif des gens, ce qui n'a pas été bien fait, d'où peut-être la plus ou moins non-adhésion de plusieurs enseignants concernant la réforme, ce que je trouve déplorable en soi...

Bref, j'aurais aimé que les infos soient mieux diffusées et qu'elles soient plus convaincantes pour que les enseignants aient envie de s'engager dans cette voie. Qu'on mette ce cours obligatoire à la sanction des études lui aurait donné plus de "sérieux" aussi, selon plusieurs. (Perso, concernant la forme d'évaluation, j'ai l'esprit plus ouvert que sanction ou pas, mais ça, ça implique aussi un grand changement de mentalité, et donc, beaucoup plus de temps... etc.)

De plus, je rage contre ces réorganisations à la sauvette qui font en sorte que la Ministre perd ainsi de la crédibilité et qu'on dépense aussi beaucoup trop d'énergies dans le vide ou presque... Et je déplore aussi le fait qu'on ait oublié de changer des pans entiers de l'organisation scolair, ce qui aurait facilité moult choses dans la réforme. Le fait d'essayer d'entrer un projet intégrateur dans une grille à 2 périodes cycles est pour moi une aberration. Un projet intégrateur est quelque chose qui doit se dérouler hors cadre horaire, il me semble... Mais, administrativement parlant, avec la façon syndicale d'octroyer les tâches en plus, c'est très difficilement concevable dans la manière de calculer les tâches "à l'ancienne"... Il reste encore un modèle à réinventer...

Tellement de chemin à faire et ma retraite qui est pour dans environ 19 ans : j'ai peur de ne pas voir ça de mon vivant :-(

Le professeur masqué a dit...

Sylvain: la réforme au secondaire a été reportée d'un an sous M. Reid. Donc, on retardera en fait ce cours pour deux ans. Je veux bien croire qu'on veut du temps pour se préparer, mais ce cours n'était quand même pas une surprise puisqu'il est est placé à la fin de tout le cheminement secondaire.

Cela en dit long, quant à moi, sur les conditions dans lesquelles on implante la réforme. Je veux bien croire qu'on travaille fort, mais le MELS ne respecte pas les échéances qu'il s'est fixé alors qu'il n'a pas hésité a bulldozé les profs quand ça faisait son affaire...

L'info n'est même pas encore rendue chez nous et la grille-matières a été adopté. On connait très peu ce dont il s'agit. Ça avec, c'est un signe de manque d'organisation et de communication.